Dans le domaine des arts et de l’artisanat d’art, nombre de créateurs arrivant aujourd’hui à la cinquantaine ont consacré leur vie à une spécialisation.
Photo-reporter au début des années ‘70, puis plongeur professionnel en eaux profondes, Guy Emery a quant à lui préféré rouler sa bosse et multiplier les approches esthétiques du monde depuis quinze ans qu’il est redevenu
terrien, tour à tour écrivain (poète, parolier et scénariste), sculpteur ou décorateur de théâtre.
Nul amateurisme cependant dans ses structures métalliques ou ses plateaux de bois. Lorsqu’il se lance dans « Ymyr productions » son entreprise de création d’objets contemporains, au milieu des années 90, il associe à près de vingt ans de pratique de la sculpture, un diplôme de soudure et techniques connexes en formation adulte.
Un plongeur n’aime guère laisser place à l’erreur. Mieux lui sied la vibration de la poésie, si consubstantielles aux créations de Guy Emery.
Son style se caractérise par des contrastes de matériaux qui semblent autant de rencontres poétiques. Force expressive d’un graphisme clair et élancé, préciosité des effets, capacité à renouveler d’une touche personnelle un vocabulaire aux accents parfois hi-tech ou post-modernes. Ainsi, des PVC sont colorés dans la masse et cependant relèvent de la peinture, des métaux allient technologie et travail artisanal.
Torsion d’un fer, rigidité d’un portant, tombées, élancements. Les formes savent s’élever, signifier, assumer légèreté et présence indéniable, par une inclusion, un collage, une transparence. À une arrête, une courbure répond, à du bois ou du verre, l’acier vient faire un écrin. Objets inattendus qui questionnent le regard et dont l’élégance des formes, le poli des surfaces, le choix d matériaux sont plus parlants en eux-mêmes que les noms chantants que leur donne Emery.
Devant « Tavola Mucci », guéridon au plateau de bois fruitier sur pieds coniques en tôle d’acier perforée et nickelée, on rêve de reprendre ce beau piètement pour une cuve baptismale.
Le fauteuil « Brunch » en hêtre teinté satiné assemblé par des goupilles d’acier forgé nickelé, pourtant doté d’un dossier incliné de fauteuil de salon, a la prestance condensé et puissante, d’un siège de présidence.
Tout concourt dans les lampes à la rareté des accords, sculptures plus qu’éléments de mobilier, alliant corne et maille métallique, laiton et pavé de verre éclaté. Ce sont là des pièces qui semblent chacune raconter quelque histoire, dans le raffinement sauvage des matériaux. Il en est ainsi de « Marceau », luminaire réglable en lattes de merisier paré d’un brillant et léger abat-jour en tôle perforée.
Toujours autant de dignité, toujours autant d’interrogation : devant ces meubles, on pense d’emblée qu’il faudrait peu d’ajustements pour leur permettre de supporter le mystère des sacrements.
Déjà, on a pu évoquer comme des « figures mentales » certaines de ces créations incommode à résumer (le mot est de Jean-Marie Gaudron, délégué pour l’art sacré de la région apostolique de Bordeaux, avec qui nous avons a vu les meubles et luminaires qu’Emery présentait l’été dernier à Uzerche).
Ici, on est frappé par l’évidence d’un curieux cabochon de verre enchâssé comme en une clé de voûte au sein du piétement d’acier d’une console.
Là, un haut bougeoir d’acier laqué présente ses sobres bobèches comme sur les niveaux multiples d’une cité lacustre, portés par une forêt de tiges aériennes s’élevant d’un socle de marbre. L’objet lui même ne se fait-il pas parfois prière ?
En quête d’un mobilier marqué de l’onction de la beauté, on s’adressera à cet homme aussi inventif et audacieux qu’arrangeant et serein, et qui paraît prendre le temps de mûrir les projets.
Il y a tant de teneur dans tout ce qui sort de ses mains !
Didier CHRISTOPHE (CDAS de Tulle)
À Paris, Guy Emery a exposé en 2000 vingt-cinq pièces uniques de design à la galerie Christian Siret, près du Palais Royal. En 2002, il a exposé ses créations à Toulouse, Brive et Uzerche et à la galerie Guigon.
Après des années passées à Saint-Maur-des-Fossés ou Forcalquier, Guy Emery s’est installé en 2001 dans une ancienne ferme de Corrèze. C’est là qu’on peut le contacter directement à son atelier, Hameau de Chapoux, 19700 Lagraulière, téléphone 05 55 98 94 30. Notons que ses tarifs ont eux aussi la douceur du Sud-Ouest.
aleagon(at)wanadoo.fr
